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Un article de Mark Ulano tiré de sa rubrique dans Pro Audio Review
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L'Art de la Perche-Zen (II)

 

écrit par Mark Ulano
pour sa rubrique dans Pro Audio Review

Dans la première partie nous avions rencontré notre panel pour évoquer leurs points de vue sur les fonctions et la philosophie du Perchman. Nous avions abordé les relations que les perchmans entretiennent avec les principaux autres intervenants sur les tournages de film ou de télévision, et nous avions terminé sur leurs recommandations en matière de préparation et de matériel.

Le Panel : Laurence Abrams (LA), Rusty Amodeo (RA), Eric Carr (EC), Patrushkha Mierzwa (PM), Andy Rovins (AR), Joel Shryack (JS), Jerome Vitucci (JV)

Comment devient-on Perchman ?

On peut supposer que l'apprentissage de ce métier commence dans les écoles de cinéma et pourtant beaucoup d'étudiants en cinéma ne se chargeront même pas du travail du perchman pendant les tournages d'étude, comme si c'était se rabaisser de le faire. Donc la perche est restée un métier ésotérique acquis par la vielle méthode de l'apprentissage combiné à l'actuelle méthode de l'essai et de l'erreur. Cette étape et d'autres du son direct sont souvent définies comme serviles ou "simplement techniques" et interprétées comme "non créatives". C'est une idée fausse regrettable car tout travail créatif est technique. Les musiciens doivent apprendre la technique de leur instrument, les peintres la technique des couleurs et des textures, les photographes celle de la lumière, de l'ombre et de la photochimie. Les gens du son ne sont pas différents. L'assimilation d'une technique peut être le passage à travers lequel un métier manuel se transcende lui-même, indépendamment du milieu. Les films sont faits main et la perche en est la preuve.

Cela étant dit, le monde de la production de films est clairement un monde régit par le commerce et dans ce monde, les meilleurs praticiens de l'art de la perche peuvent gagner trois ou quatre fois plus qu'un professeur de collège en poste. Ce n'est pas dû à un hasard charitable. Les fonctions économiques des Perchmans sont importantes. Ils sont chargés de capturer avec certitude les performances spontanées de certains humains les mieux payés ici-bas. Le coût à la minute pour des retournages avec un acteur à 20 millions de dollars est astronomique. Le Perchman doit tout le temps essayer de les capturer dès la première fois. Cela ne minimise pas le partenariat essentiel avec la post-synchronisation et toutes les autres étapes de la post-production du son. Ça met simplement l'accent sur l'importance accordée par beaucoup de cinéastes et acteurs à la capture de la performance originale des acteurs.

Parlez-nous du comportement sur le plateau de tournage !

AR : Ça commence par savoir quand fermer votre bouche. Le reste, vous pouvez le deviner, à moins que vous ne soyez un cas social.

JV : En ce qui concerne les comportements, se servir des dons que vous avez dans la vie de tous les jours est un bon départ, spécialement si vous avez vécu avec réussite. Les comportements de plateau ont des milliers d'aspects et changent de projet en projet. À certains jours c'est un plaisir. À d'autres, vous esquivez les balles, quand l'attitude de la hiérarchie affiche sa vilaine tête, et quand le niveau de satisfaction égoïste domine chaque niveau du processus créatif et pratique. Même avec tout ça, "le malade ne mourra pas". Vous et moi survivrons bien.

JS : ... N'oubliez pas, vous êtes égal à l'égard de toutes personnes qui travaillent avec vous, mais vous n'êtes pas égal à l'égard du processus de fabrication du film. La fabrication d'un film a ses propres hiérarchies. Elles font d'elles-mêmes constamment la loi par les réalités de cette immense entreprise. Qu'il s'agisse d'un acteur excentrique, d'effets spéciaux bruyants, de la lumière qui baisse, apprenez quelle est votre place à ce propos au lieu d'en faire une affaire de listes de pouvoirs.

PM : Chacun doit comprendre la hiérarchie particulière et la politique du film dans la compagnie pour laquelle il travaille. Ce ne sont pas nécessairement les mêmes choses. La diplomatie est un atout, mais le fait de savoir quand vous pouvez faire des conneries et le retourner en votre faveur, aussi.

Quel niveau physique demande ce métier ?

PM : Extrême. L'un des aspects le moins compris dans notre travail c'est que le Perchman doit être totalement fonctionnel pour accepter un travail dans ce milieu free-lance. La plupart des autres peuvent avoir un membre cassé, avoir mal au dos, être enceinte, être allergique, avoir du poids, avoir mal à la tête. Le Perchman est un artiste de la représentation comme les acteurs, sans ce garde-fou d'avoir droit à une prise supplémentaire. Beaucoup de réalisateurs s'inquiètent de savoir si le steadycamer a fini l'équilibrage de son appareil, prêt à travailler, mais je n'ai jamais entendu personne dire sur mes 70 films "allez, tout le monde, la perche est en place". C'est comme si parfois on était invisible.

JV : C'est extrêmement exigeant et souvent douloureux, parfois même extrêmement pénible. Dans certains pays, tenir une perche au-dessus de la tête pendant 12-16 heures par jour est une punition pour crime. Oh, s'il vous plaît, je peux être Perchman ? Certainement pas le choix de métier de tout le monde. Et n'oubliez pas de lire mon nouveau livre bientôt disponible, "La Perche Zen et l'Art de la Douleur" ou "[Comment empêcher la Perche Divine de couler³]".

LA : Percher est en effet un métier physique. La fatigue qui en résulte n'est pas uniquement limitée aux bras et épaules comme on pourrait le penser. Tenir une perche au-dessus de la tête pendant de longues prises, encore et encore, laisse des traces sur le haut du corps. Mais je trouve qu'un Perchman subit aussi une fatigue générale du fait de circonstances variées. Dans beaucoup de cas vous vous retrouvez calé dans un coin serré entre des projecteurs brûlants et les pieds de la caméra, ou bien plié comme un bretzel caché sous un bureau ou entre les sièges arrières d'une voiture, ou encore perché sur une échelle de 4 mètres de haut pour passer au-dessus des murs du décor. Ajoutez à cela la durée, et, bien sûr, l'ennemi ultime du Perchman... des pieds endoloris... et parfois tout ça s'ajoute à une journée déjà longue.

Comment gérez-vous les situations qui sont potentiellement dangereuses pour votre physique ?

JV : Soyez alerte, évitez-les si possible, obtenez une prime de risque si vous ne pouvez pas. Aucun plan n'en vaut la peine.

LA : On associe souvent les termes de fantaisie et "[suspension de l'incrédulité]³" au processus créatif de transposer une histoire à travers un film. C'est en effet la magie du cinéma. "C'est juste du cinéma... personne n'est vraiment blessé". Malheureusement, je pense que pendant le tournage il y a une sensation de fausse réalité qui fait croire en un sens que, là aussi, personne ne peut être blessé. Nous nous retrouvons souvent à faire des choses que je pense être vraiment dangereuse, pour des raisons quelconques, nous les faisons quand même. Est-ce parce que nous croyons que ce n'est que du cinéma et que personne ne peut être blessé ? Est-ce simplement parce que personne ne veut avoir l'air d'une poule mouillée ? Quelle qu'en soit la raison, ça arrive souvent et le Perchman se retrouve dans des situations loin d'être idéales. Je pense que les accidents qui ont eu lieu ces dernières années ont inspiré en quelque sorte une meilleure prise de conscience de la sécurité sur le plateau, mais on est encore loin de ce que ça devrait être.

PM : Je travaille avec des spécialistes du fitness ou des kinésithérapeutes pour trouver les meilleures façons d'exécuter une chose et faire des exercices spéciaux pour affermir des muscles particuliers. En ce qui concerne les plans d'effets spéciaux, ayant vu des gens être gravement blessés ou mourir, je ne me gêne pas pour planquer un micro ou pour demander à l'ingénieur du son de les tourner muets (filmés sans son). J'ai rencontré peu de personnes des effets spéciaux qui aient un niveau de connaissance avec lequel je me sentirais à l'aise. Pour le moment, j'ai plusieurs masques et lunettes de sécurité pour diverses atmosphères. C'est un danger négligé dans notre métier. Et puis pour les scènes de voiture avec un acteur au volant, je reste t-r-è-s loin.

AR : Essayez de ne pas envoyez promener les chauffeurs, les machinos et les habilleuses (elles portent des ciseaux). Évitez de travailler sur des clips. Ayez du bon sens.

Pouvez-vous parler de l'art d'utiliser la Fisher ?

LA : Quand je ne suis pas obligé d'utiliser une perche légère (généralement pour des questions d'espace limité) la Fisher est une pratique de loin supérieure pour le contrôle du placement du microphone. (À l'exception possible du CueMaster... pour des détails, adressez-vous à Steve "Rabbit" Schuneman, la seule personne que je connaisse qui admette aimer ce truc peu maniable. Cependant, malgré mon scepticisme, c'est une superbe alternative quand il est utilisé par quelqu'un qui sache bien s'en servir). La longueur d'extension et le contrôle multi-axes de la Fisher permettent une grande flexibilité, et ce type de contrôle est essentiel quand il s'agit de garder le microphone au devant d'un acteur. Mais avec l'évolution des tournages, des changements ont privé le Perchman de cet instrument efficace. Les caméras sont devenues plus petites et plus légères, la sensibilité des films a évolué nécessitant moins de lumière, et le matériel électrique s'est réduit... toutes ces choses ont contribué à un équipement de tournage plus petit et allégé si bien que l'équipe en est plus mobile. C'est peut-être pour ces raisons que sur certaines produits, en premier les tournages de pub, la Fisher apparaît à certains membres de l'équipe comme une relique démodée et inutile qui prend trop de place dans le camion machinerie et gêne tout le monde sur le plateau. Le producteur voudra avoir une raison particulière pour dépenser plus, quoique vraiment peu, et les machinos voudront savoir pourquoi on ne peut pas le faire avec une perche légère, alors qu'ils n'ont aucun droit à le demander. Et une simple réponse comme quoi "cet équipement permettra un placement de microphone plus précis" n'est tout bonnement pas suffisante. Il n'y a aucune excuse à ça, mais vous ne verrez quasiment jamais de Fisher sur une pub, et le plus souvent, vous ne la verrez pas dans d'autres situations où son usage aurait été grandement bénéfique.

PM : C'est une pratique qui se perd en fiction, cinéma, et beaucoup de séries télé. La Fisher élimine le poids sur le corps du perchman et un assistant la pousse si nécessaire. La technique pour apprendre le système à poulie et le contrôle par les mains est vraiment minimale. Dans certaines situations son caractère rétractable offre des avantages ; alors que le perchman a fixé une longueur de perche légère, et qu'elle reste constante sur tout le plan, la Fisher peut se rétracter pendant la prise et peut faire si nécessaire le tour des projecteurs. C'est aussi bien pour marquer son territoire.

JV : Je n'ai guère le temps de m'étendre sur le sujet, mais la Fisher est un magnifique jouet, et j'adore l'utiliser. Malheureusement, la plupart des fictions actuelles, et même les pubs, n'offrent pas assez d'opportunités pour son utilisation. Les décors, la logistique, les comportements et les budgets sont souvent des facteurs prohibitifs.

AR : Quelques conseils peuvent aider, mais la plupart des techniques s'acquièrent avec la pratique. Malheureusement ça devient un art qui se perd en tournage à une caméra. Un truc important c'est trouver la bonne position pour la Fisher et ensuite le bon moment pour l'y mettre.

RA : Il y a deux manières de mettre en place le déplacement entre les répliques (mouvement gauche-droite) du micro. Si le bras est réglé de façon à ce que l'on doive reposer le levier sur la main entre le pouce et l'index et pousser vers le haut pour diriger le micro, alors c'est la "manière film". Si on pose la main sur le levier et que l'on doive pousser vers la bas pour diriger, alors c'est la "manière vidéo". Chacun ses préférences. Dans les années 80, avec l'introduction de l'articulateur, ça a rajouté pour le Perchman une autre manière possible de tenir la perche. Cet instrument, conçu à l'origine vers la fin des années 70 pour les opérateurs son en Angleterre, donne au micro la possibilité de bouger sur un axe vertical. Ça permet de suivre un acteur en haut d'une rampe d'escalier, ou de percher des enfant à côté d'adultes de grandes tailles. Il existe maintenant quatre dimensions de bras : 4,90 m, 6 m, 7 m et 7,90 m. De plus certains opérateurs y ajoutent une rallonge de 30 cm, mais il faut faire attention à équilibrer le bras pour éviter de renverser le chariot à 3 roues. Sur les sitcoms, on peut utiliser la Fisher du sol ou à partir des passerelles ['greenbeds' : lits verts], ainsi appelées du fait de leur couleur (aussi appelées "Parallèles" ['Parallels'] du fait de leur agencement parallèle au décor). Quand on opère du sol, généralement en vidéo, on utilise un bras de 7 à 8 mètres pour passer au-dessus des cadreurs. L'utilisation de la perche en passerelle vient de l'émission Lucy quand Cameron McCullock avait suggéré une autre place du bras pour que le public puisse avoir une meilleure vue. Une bonne perception tridimensionnelle est alors une nécessité quand on perche en passerelle. En film on utilise la Fisher depuis les passerelles. La plupart des émissions télé, les Soaps, les interviews en direct et d'autres utilisent la Fisher au sol car les lumières sont généralement suspendues sur des pantographes et il n'y a pas de passerelle.

Qu'avez-vous besoin de connaître sur les micros émetteurs ?

JV : Les micros émetteurs sont vos alliés. N'en ayez pas peur. C'est juste un autre instrument, mais un instrument plutôt puissant. J'apprécie de faire partie d'une équipe son équipée en HF. (Note du rédacteur : ça comprend l'utilisation systématique de la perche HF). Libre de voler, libre de voler. Souvenez-vous que vous être le technicien du placement de microphone. Un placement optimal de la capsule du micro cravate est toujours important, en évitant les vêtements bruyants et de les enterrer. Donnez-leur de l'air. Comprendre les besoins de l'acteur est vital pour rendre agréables vos journées à équiper en micro cravates. Vous devez être discret. Ne jouez pas trop avec les micros émetteurs ou les acteurs. Placez-les au bon endroit du premier coup. Beaucoup d'acteurs ou d'actrices ne les apprécient pas car ils sont gênant. Ils peuvent à certaines occasions ressentir que leur vie privée est en jeu. Ils ont parfois raison.

PM : Nous devons les mettre sur n'importe qui avec n'importe quel habit, et faire en sorte qu'ils sonnent bien et sans bruit. Nous devons savoir comment surveiller le signal et l'alimentation de l'émetteur et du récepteur, et comment l'ingénieur du son organise sa roulante et ses antennes.

AR : Feng shui. La connaissance de l'électronique et de la transmission HF est utile.

JS : Ne haïssez pas les micros émetteurs, ils sont vos amis. J'ai toujours pensé que l'installation la plus simple était la meilleure. Évitez les boules de gaffer, le velours, etc..., au final les matériaux rajoutés amèneront plus de bruit. L'exception qui confirme la règle est une sorte de mastic, fait pour l'isolation des fenêtres [NDT : la pâte américaine], qui va lier le micro au tissu et étouffer les bruits de tissu et de câble. Le choix d'utiliser les micros émetteurs dépendra plus de l'Ingénieur du Son que du Perchman. L'Ingé Son doit mélanger les répliques avec parfois tous les doigts sur les potentiomètres. Accordez la complexité des HF avec l'habilité de l'Ingé Son à mélanger les micros planqués, les micros émetteurs, etc... N'oubliez pas que s'il ne peut pas les mixer, il va penser que vous êtes un imbécile plutôt que mettre en doute la faiblesse de son aptitude à mixer !

Qu'est-ce qui fait un bon Perchman ?

JV : Les Grands Perchmans le sont de naissance, pas devenus !

PM : Être amical, intuitif, connaître les autres départements, avoir une attitude de travail collective. L'humour et un esprit fin ne peuvent pas nuire. Vous avez aussi besoin de résistance et de bonne humeur.

AR : Faire attention, avoir de l'expérience. On considère un bon Perchman celui qui produit avec certitude un son de qualité avec un minimum de dérangement sur le tournage.

EC : Concentration, raisonnement intuitif et anticipation.

LA : Beaucoup de qualités sont requises pour être un bon Perchman, mais il sera surprenant pour beaucoup de savoir qu'une qualité apparemment évidente n'est en fait PAS vraiment indispensable. Beaucoup de gens pensent que vous devez être costaud pour tenir en l'air une perche pendant longtemps. Oui, c'est dur. Mais, non, ce n'est pas que force. J'ai vu des Perchmans petits tenir une perche avec stabilité dans des scènes interminables, prise après prise. À l'inverse, dans des situations où on avait besoin d'une seconde perche, j'ai vu un assistant régie vraiment enthousiaste ou une personne de la déco pressentis pour ça, et je les ai vus grincer des dents en courbant le dos dans la douleur à des moments où je pensais n'y voir qu'une scènes peu exigeante. Il en découle qu'il y a vraiment un art pour tenir la perche. Cependant, quand on me demande de l'expliquer, les mots me manquent. Ne pas bloquer les bras ? Utiliser le bras avant comme porteur et le bras arrière comme contrôleur ? Ne pas se bloquer dans une seule position, rester souple, et basculer de temps en temps votre poids pendant la prise ? Plus facile à dire qu'à faire et je pense qu'il y a probablement beaucoup plus que ça. En fin de compte, je crois que c'est comme pour beaucoup de postes sur un tournage, personne ne peut vous dire comment le faire... c'est quelque chose que vous apprenez avec le temps... vous devez juste en avoir le "feeling".

Quel est le pire des péchés capitaux qu'un Perchman puisse faire ?

PM : Donner l'image d'une équipe son moins que soudée aux autres.

LA : Parler trop. (Spécialement si vous dites aux acteurs comment jouer la scène.)

AR : Ne pas faire attention.

EC : Imaginer qu'un plan pourra être "facile".

JV : Ne pétez pas sur un plateau, et ne tapez pas sur les acteurs. (Spécialement les premiers rôles). Qu'importe combien de fois on vous demande "Comment tu fais ça" ou "wouah, tu dois avoir des bras costaud", passez votre chemin.

Quel conseil donneriez-vous à une personne intéressée par la carrière de Perchman ?

JS : La perche est un super métier, vous avez l'occasion de voir la totalité du film se faire juste devant vos yeux, vous l'entendez mieux que personne, et les gens viennent toujours à vous pour vous dire, Mec tes bras doivent être costauds !

EC : Ne la faites pas.

PM : Évaluez si vous êtes polyvalent, capable de constamment dédoubler votre attention, capable d'anticiper, capable de trouver de multiples solutions pour une tâche unique, bosser, bosser, bosser. Un kick boxer a été mon élève et n'était pas assez endurant ! "L'échec ne peut pas venir à bout de l'obstination".

JV : Assistez un bon Perchman pendant une période conséquente. Soyez certain d'avoir envie de devenir Perchman. Vous risquez de l'être pendant longtemps. La perche peut être, mais n'est pas nécessairement, un pré-requis pour devenir ingénieur du son.

AR : Tel qu'il en est, nous sommes trop nombreux. Apprenez comme assistant technicien son¹ et faites attention.

Quelle est la situation la plus gratifiante que vous ayez vécue dans votre travail ?

PM : Entendre mon mari, l'ingé son, s'extasier sur moi en face de quelqu'un que nous ne connaissons pas bien. Et aussi, la fois où, sur un master, j'avais exécuté une chorégraphie si coordonnée avec le cadreur que tout le monde voyaient des ombres de perche pendant la prise, et qu'aucune n'était dans le cadre !

JV : Avoir perché un plan sur 360° au steadycam, de 5 minutes, en marchant vite avec Larry McConkey dans la forêt pluvieuse du Brésil sur " At Play In The Fields Of The Lord" aura été une de mes expériences les plus gratifiantes. Je ressentais une immense joie de vivre après avoir réussi plusieurs prises. Avoir commencé par un travelling sur Dolly de 30 mètres puis perché une scène de 5 pages avec la regrettée Mme Lillian Gish sur "Huckleberry Finn" était spirituel. Elle n'avait quasiment jamais besoin de consulter son scénario. Elle était à l'époque dans ses 90 ans. S'être tenu dans les airs sur une échelle de 4 mètres à percher Jason Robards dans une prise de 11 minutes sur "Iceman Cometh" d'Eugene O'Neils était une autre chose. Je ne suis pas sûr de savoir si je pleurais de douleur ou à cause du jeu d'acteur. Être embauché, encore, encore et encore.

AR : J'ai perché sur Driving Miss Daisy qui a reçu un Oscar du Meilleur Film. C'était une superbe expérience de travailler sur un film de cette qualité, avec des acteurs comme Morgan Freeman et Jessica Tandy, et avec un réalisateur, Bruce Beresford, qui était vraiment attentionné au son et respectait nos besoins. Sur un tournage de 41 jours la seule post-synchro a été pour des questions de jeu d'acteurs de petits rôles.

EC : Regarder mon ingénieur du son se saisir de son Emmy Award.

RA : Mettre au point avec soin des micros planqués et des positions de perche de telle manière que tous les dialogues du tournage soient utilisables. Sur "East Of Eden" (un Film-de-la-Semaine pour ABC Television) on a enregistré les bruitages en temps réel afin d'avoir en direct tous les sons de la scène. L'ingé son était Bud Alper et le Perchman était Gene Ashbrook. À l'époque, j'étais Assistant Technicien Son¹. La scène commençait avec une vaste prairie remplie de bétail. Timothy Bottoms surgissait de la forêt, en criant et agitant sa veste au-dessus de sa tête, à l'intention de son frère, joué par Bruce Boxleitner. Je courais, à la limite du champs de la caméra, à peu près à 90 mètres au devant de Timothy avec un micro canon Sennheiser 815 tenu à la main. La perche de Gene était au-dessus de Bruce. La caméra était au 50 mm sur une grue Titan commençant en haut pour finir en bas et inclure les deux frères qui s'embrassaient. À ce moment, à cause du champs large, on ne pouvait pas approcher nos micros, alors Gene et moi on s'est serrés ensemble avec mon micro en main pour imiter le tapotement dans le dos. Quand les deux acteurs sont partis au loin en courant vers la petite clôture en bois (sans répétition), on a bruité leurs pas en incluant le saut au-dessus de la clôture. Et quand la scène a été finie, on a été applaudis par l'équipe pour notre performance.. Vraiment très gratifiant. (NDR : n'essayez pas ça à la maison)

Dernière mise à jour : 9 mai 2000

Traduction française : Jean Casanova - 2001

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¹ le poste de sound utility person n'existant pas en France, ce peut être un second assistant son.
³ les incertitudes de traduction ont été mises entre crochets [].

 

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